EMMANUEL MASSILLON
Wait, Just Hear Me Out!
March 19 - April 16, 2022

      ”Conceptual art, for me : is to choose freedom.” Emmanuel Massillon, a young African American artist born in Washington D.C. in 1998, has never ceased to put in practice his precept, much like a protective mantra. To never hold back. And inversely, lower the frontiers, to authorize oneself all mediums: paint, sculpture, photography. Not hesitating to combine them in a single work’s core -sculpted elements with visions, wood or even textile.

      This conceptual choice, Emmanuel Massillon explains it in multiple means.

      First and foremost, through a rejection of the figurative, which rules the era in the African American scene in particular. “I did not recognize myself in a lot these paintings which convey a romantic vision of the Black figure. I concede their importance, yet I wish to spread something else.”

      This « something else » - far from being a dreamed figure, closer to a veridic, lived experience – is a tension to begin with, a force. Emmanuel Massillon links his past, the almost sensorial memory of his childhood, to morsels of American History – from the War of Secession to the American Inner Cities, from colonization to the tears of an America whose never stopped ostracizing minorities.

      « All which transpires within my art spawns from my background.” And we think of the heed of a Lautréamont in the Songs of Maldoror for whom the ink of words inscribed upon the blank page, must have gone through blood.

      Emmanuel Massillon fuses together fragments of existence: his beforehand – memories of youth, of school, of the streets, where Hip-Hop booms and police sirens wail – and that of a whole community. He identifies to the genre of Hip-Hop and particularly Hip-Hop Producers and there use of samples. In Hip-Hop music, to sample is to borrow from old compositions to forge new ones. Emmanuel Massillon samples the archetypes of America. He diverts and scuttles them. He updates their cursed aspects and makes way for his own voice, between ravishing humour and a song of hope. He finds in this manner, his very own archetypes.

      He plays with the clichés of the American Dream. In a similar fashion to the Easy Transition installation, where the public school uniforms were fronted to those of prisoners’, reminding of the School to Prison Pipeline theory: the dress code, and other regulations of the American school system, favouriting the passage from school seats to those of a cell.

      Even the subjects, so diverse, of Emmanuel Massillon’s artworks become political. Like when he makes use of Cheetos’ orange dust to entirely saturate the canvas, like a stunning pigment of a Renaissance painter. This snack is a staple in poor neighbourhoods where big supermarket chains refuse to settle by fear of lack of consumers. In this Food Desert, Emmanuel Massillon saw too many crowds become addicted to sodium, by excessive consumption of cheap, overly salty snacks. He denounces this new dependence in the title of a whole new series of work: Sodium Craving…

      For Emmanuel Massillon also makes a resonating use of his poetic force in the titles of his works. Wordplay, street slang, the titles exhibit the artist’s numerous influences. Such as the Inner City Angel: where the biblical figure of an angel is created in the image of a basketball player escaping social determinism… “Black youths from poorer precincts still believe that only basketball can help them out of the streets…”. Or even the series Dog Food, which reminds us that for very long, the Black body was torn up by police dogs before self-destroying in the consumption of Dog Food, the nickname given to heroin.

      Emmanuel Massillon hits hard. He does not hesitate to confront taboo subjects. He sculpts with his own hands antique African masks and other fetishes. He endows them with weapons or scars – a rusted nail – sometimes a cage – a knotted fisher’s net. As such he reinvents his own ascendancy. He fills the holes of an African American diaspora, born of slavery and of colonies, but who in the end forgot the original continent for an excluding and lesser American dream.

      The artist himself was named Emmanuel by his parents as a tribute to his Haitian ancestors: the first slave colony to rebel against the system.

      To resist : to be heard. Snatch back the forbidden word. Heighten the voice to better denounce. As states the title of the exposition –“Wait, Just Hear Me Out!”

It is the voice which seems to unite Massillon’s pieces. A voice which comes from a afar, from something buried, from the entrails and from the memory. However a voice that carries.

 

 

Boris Bergmann

© Courtesy of Emmanuel Massillon and Galerie Julien Cadet

© Credits photo: Thomas Marroni

      « L’art conceptuel, pour moi : c’est faire le choix de la liberté. » Emmanuel Massillon, jeune artiste afro-américain, né à Washington DC en 1998, n’a de cesse de mettre en pratique son précepte, tel un mantra protecteur. Surtout ne rien s’interdire. Et à l’inverse, abaisser les frontières, s’autoriser tous les médiums : peinture, sculpture, photographie. Ne pas hésiter à les mêler au cœur d’une même œuvre — ses toiles combinent aussi bien des éléments sculptés que des visions, du bois, du textile.

      Ce choix conceptuel, Emmanuel Massillon l’explique de plusieurs manières.

      D’abord par un rejet du figuratif qui domine l’époque. Et la scène afro-américaine en particulier. « Je ne me suis pas reconnu dans ces tableaux qui propagent une vision romantique de la figure Noire. J’admets leur importance, mais je veux propager autre chose. »

      Cette « autre chose » — loin d’une figure rêvée, plus proche d’un réel vécu, expérimenté — c’est d’abord une tension, une force. Emmanuel Massillon mêle son histoire, la mémoire quasi sensorielle de son enfance, à des morceaux de l’Histoire américaine — de la guerre de Sécession aux ghettos de l’innercity, de la colonisation aux déchirements d’une Amérique qui n’a eu de cesse de mettre au ban ses minorités.

      « Tout ce qui transparaît dans mes œuvres jaillit de mon vécu. » Et on pense à l’exigence d’un Lautréamont dans les Chants de Maldoror pour qui l’encre des mots inscrits sur la page blanche se doit d’être passée par le sang.

      Emmanuel Massillon assemble des morceaux d’existences : la sienne d’abord — souvenirs d’enfance, d’école, de lycée, de rue, où l’on entend résonner le hip-hop et les sirènes de police — et celles de toute une communauté. Il s’identifie au hip-hop et particulièrement aux beatmakers et à leurs samples. En musique, sampler c’est prendre d’anciennes compositions pour en forger de nouvelles. Emmanuel Massillon sample les archétypes de l’Amérique. Il les détourne et les saborde. Il met à jour leur part maudite. Et façonne sa voix propre, entre humour ravageur et chant d’espoir. Il fonde ainsi ses propres archétypes.

      Il joue avec les clichés du rêve américain. Comme avec l’installation Easy transition, où les uniformes de l’école publique font face à ceux de la prison, rappelant cette théorie du « school to prison pipeline » : les dress code, et autres règlements du système scolaire, favoriseraient le passage des bancs de la classe à ceux d’une cellule.

      Même la matière, si diverse, des œuvres d’Emmanuel Massillon devient politique. Comme lorsqu’il utilise de la poussière orange de Cheetos pour recouvrir la toile, tel le pigment éclatant d’un peintre de la Renaissance. Cette junk food est la préférée des quartiers pauvres où les grandes chaînes de supermarchés ne veulent pas s’installer par manque de consommateurs. Dans ces food desert, Emmanuel Massillon a vu les populations devenir accros au sodium par excès de produits bas de gammes trop salés. Il dénonce cette nouvelle dépendance dans le titre de toute une série de son œuvre : Sodium craving…

      Car Emmanuel Massillon fait également résonner dans les titres de ses œuvres sa puissance poétique. Jeu de mot, argot de la rue — slang — les titres donnent à voir les influences multiples de l’artiste. Comme cet Inner City Angel : figure biblique du basketteur qui échappe au déterminisme social… « Car les jeunes noirs des quartiers pauvres croient encore que seul le basketball peut les faire sortir de la rue… » Ou encore la série « Dog food » qui rappelle que le corps noir fut longtemps broyé par les chiens policiers avant de s’autodétruire dans la consommation de dog food, surnom de l’héroïne.

      Emmanuel Massillon frappe fort. Et n’hésite pas à affronter les sujets tabous. Il sculpte lui même d’antiques masques africains et autres fétiches. Il leur ajoute une arme ou une blessure — un clou rouillé — voire une cage — un filet de pécheur emmêlé. Ainsi il réinvente sa propre ascendance. Et comble les trous de mémoire d’une diaspora afro-américaine, née de l’esclavage et des colonies, mais qui a fini par oublier le continent originel pour un rêve Américain au rabais et excluant.

      L’artiste lui même fut nommé Emmanuel par ses parents en hommage à ses ancêtres haïtiens : première colonie d’esclaves à s’être rebellée contre le système.

      Pour résister : se faire entendre. Arracher la parole interdite. Élever la voix pour mieux dénoncer. Comme le scande le titre de le l’exposition — « Wait, just hear me out ! »

C’est la voix qui semble unir les œuvres de Massillon. Une voix qui provient de loin, de quelque chose d’enfoui, des entrailles et de la mémoire. Mais une voix qui porte.

 

 

Boris Bergmann